mercredi 18 juin 2008

De Saint Rémi à Hugues de Payns

Au cours de ces quatre jours, je fais mieux connaissance avec mes compagnons de voyage : nous sommes vingt-cinq dont 7 ou 8 célibataires d’occasion comme moi - d’un peu toute la Belgique. (Le voyage est organisé par le Davidsfonds).
Au passage de l’aire de repos de Urvillers-L’Arche, le groupe est encore un peu figé, chacun engoncé dans son anorak.

Un désagrément de plus pour certains : Raf, notre guide, nous prévient que nous ne visiterons pas la cathédrale de Reims. Tant pis pour ceux qui avaient fait le voyage pour la cathédrale. Il ne verront pas l’Ange du sourire.


L'ange du sourire nous attend pour la prochaine fois



Première visite, première bonne surprise. L’église Saint-Remi. Notre guide a contacté l’organiste (de coster) pour un petit concert d’orgue spécialement pour nous. Quel privilège de voir l’harmonie de cette église en entendant l’orgue.

A cet endroit, nous dit notre guide, un roi franc venu de ce qui fut la Gaule-Belgique s’est fait baptiser. L’histoire de l’Europe en a été changée. Dans la pagaille des invasions, Clovis (Clodovech) a été assez malin pour être le premier « barbare » à s’appuyer sur la seule force qui existait encore à cette époque : l’église chrétienne. L’évêque de Reims Saint-Rémi baptisa Clovis. Et depuis ce temps, la plupart des rois de France ont été couronnés à Reims, et les évêques de Reims et de Châlons ont été de fidèles soutiens du royaume.

L’église Saint-Remi a été construite à la fin de l’art roman et au début du gothique (vers 1150). Elle garde encore l’atmosphère grave du roman. Mais comme elle a été construite assez vite, elle est homogène. Elle n’est pas, comme beaucoup d’églises, faite de bric et de broc. Son unité en renforce l’harmonie. Et quel beau concert d’orgue !

A la croisée du Roman et du gothique, la lumière vient d'en haut et invites à élever les pensées :

Nous filons vers Châlons. Arrêt sous la pluie, à l’aire du Mont-de-Billy (Reims-Champagne) pour manger moderne, à des années lumières de Saint-Rémi.

Châlons : une autre église (Notre-Dame-en-Vaux), de la même époque que Saint Rémi, le tournant du Roman et du gothique avec quelques vitraux de la même époque. Les vitraux, les statues et les peintures, au Moyen-âge, cela servait à expliquer l’évangile et la bible à ceux qui ne savaient pas lire. A l’intérieur de l’église, on respire.

Les tribunes au premier étage donnent l’illusion d’espace, incitent à ouvrir le coeur.
Les deux rangées de fenêtres hautes invitent le chrétien à élever son esprit : c’est le gothique. « Dieux est lumière ».

Puis nous avons étés enthousiasmés par la visite qui a suivi, avec un guide de Châlons. Dans un exposé vivant et amusant, il nous a expliqué qu’en faisant des travaux auprès de Notre-Dame-en-Vaux (années soixante-dix), on a retrouvé une quantité de statues-colonnes qui faisaient partie du cloître des chanoines de l’église. Un cloître, c’est un endroit carré entouré d’une galerie, à l’abri de la pluie, une oasis de calme, un endroit pour se recueillir et réfléchir. Le guide nous a montré comment les statues représentent la coiffure, l’habillement, les métiers de ce temps-là.
On s’en va en laissant derrière nous Notre-Dame-en-Vaux se mirer dans le canal du Mau.




Eh oui, à Châlons aussi, il y a des canaux !








...Étonnant : ces belges qui ont l’habitude de filer vers le Midi ou l’Espagne en dédaignant les plaines champenoises. Les voilà tout d’un coup qui les admirent, vastes et reposantes !
On fait route vers Troyes – vous connaissez – tout est vert. Pas d’usine, pas trop de maisons au loin, mais toutes les nuances de vert.


Au fait, pourquoi faisons-nous ce détour vers ce village minuscule de la région Troyenne : Payns (prononcer pin comme dans sapin). A oui, on était venu pour l’histoire de la Champagne. Et à Payns, il y a un seigneur qui a vendu tout pour payer une armée de moines afin d'aller protéger les bons chrétiens qui vont en terre sainte. Cela partait d’un bon principe. Il a créé, avec ses disciples un ordre de moines-soldats. Mais à la fin, ils exagéraient : ils avaient même le droit de tuer et de piller pour protéger les pélerins qui allaient se recueillir sur le tombeau du Christ ! Ils étaient devenus immensément riches (XIIIe siècle). A la fin, Philippe Le Bel a dit que cela devait finir. Il avait besoin de de payer des soldats pour aller se battre en Flandre. Il a brulé vif ces moines trop riches, pris leurs trésors et est allé ...se faire battre par ces maudits flamands !
En attendant, nous visitons un tout petit et émouvant musée dans ce village de Payns, avant d’arriver à Troyes.
Vous n'étiez peut-être pas nés, mais un jour, la télé en a parlé, de ce petit village :


Sous les champs de blé du petit village de Payns, près de Troyes, on a retrouvé un trésor : les fondations de la toute première commanderie des templiers fondée par Hugues de Payns


Ecoutez :



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